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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 12:17

 

Comme le chantait Tryo : « mais qu’est-ce qu’il faut faire, mais qu’est-ce qu’il faut faire pour court-circuiter la conspiration, qui fait que comme d'habitude je vis au fil des saisons ? »

 

Nous sommes tous-toutes des privilégié-e-s. Jamais au même endroit mais nous sommes tou-te-s avantagé-e-s dans un domaine, aussi simple et quotidien soit-il. Cela veut dire, face à nos privilèges, qu’il existe des personnes lésées là où nous sommes avantagé-e-s (grande logique !).

 

Mais qu’est-ce qu’il faut faire ?

 

La première étape est déjà d’accepter, d’ouvrir les yeux et de discerner nos privilèges acquis (par le droit, la société, etc.).

Exemple simple : j’ai accès à la touche « café long » sur la machine à café. Mon collègue, handicapé moteur n’a pas ce privilège depuis son fauteuil roulant.

 mais qu'est ce qu'il faut faire 3

Cette première étape sous-entend que nous sommes curieux des autres et surtout que nous sommes à l’écoute des personnes qui dénoncent. Bref, éviter le sempiternel : « ben c’est comme ça » ou bien « tu exagères » voire « tu mens ». Oui, être un homme offre des avantages auquel les femmes n’ont pas accès (et qui n’ont rien à voir avec le fait d’avoir ou non un zizi). Oui, être blanc-he offre des avantages auquel les personnes dites « de couleur » n’ont pas accès (et qui n’ont rien à voir avec la pigmentation de la peau). Oui, être hétérosexuel-le offre des avantages auquel les personnes homosexuelles n’ont pas accès (et qui n'ont rien à voir avec leur orientation sexuelle)... tout ceci en vice-versa et la liste n'est pas exhaustive !

C'est aussi ne pas se sentir coupable d'être un privilégié. Car ce n'est pas le but. Bien souvent, lorsque je parle du sexisme, les hommes se sentent directement visés et ne peuvent s'empêcher de dire : "moi je ne fais pas ça" ou "moi je ne cautionne pas ça". Ouvrir les yeux sur un déséquilibre injuste ne fait pas des privilégiés des bourreaux. Sauf s'ils continuent à estimer leur privilège "normal" ou qu'il le minimise (et attention aussi au réponse du style "oui mais moi aussi je suis lésé...". Ce n'est pas un concours !)

 

Mais qu’est-ce qu’il faut faire ?

 

L’étape suivante est la plus simple et celle que nous faisons naturellement : donner accès à notre privilège sous la forme d’un service. Cette étape est fondée sur le fait que nous souhaitons que la-les personnne-s lésée-s ai-en-t « notre chance ». Or, cette étape, bien que gratifiante, crée en réalité une situation de dépendance et nous conforte consciemment ou non dans la puissance de notre privilège.

Exemple : j’appuie sur la touche « café long » pour mon collègue. Je lui précise même qu’il n’a qu’à passer dans mon bureau dès qu’il veut un café, je lui apporte mon aide dès qu’il le souhaite.

Si le geste est louable, il enferme la personne lésée dans une relation de dépendance à la personne privilégiée.

 

Mais qu’est-ce qu’il faut faire ?

 mais qu'est ce qu'il faut faire 1

La troisième étape est donc la plus difficile : participer à l’effort collectif pour que les personnes lésées ne le soit plus et ait accès aux mêmes privilèges que nous. Pourquoi est-ce si difficile ? Tout simplement parce que cela impose deux choses majeures :

- S'investir dans une cause dont nous ne comprenons pas toujours tout, du fait de notre statut de privilégié (statut nous isolant d'ailleurs parfois de ceux que nous voulons accompagner dans leur combat)

 - S’investir pour une cause dont on ne retirera rien pour nous, pire, s’investir pour une cause qui nous retirera notre position de force et notre statut de privilégié

 

Exemple « historique » : dans les années 40, les personnes disant « oui » à l’émancipation des femmes (étape 1, j’observe mon privilège d’homme par rapport à celui des femmes et je l’accepte), demander son avis à sa femme avant d’aller voter (étape 2, j’offre une partie de mon privilège et crée une situation de dépendance) mais ne pas accepter que le droit de vote soit offert aux femmes (ne pas perdre mon privilège).

 

Autour de nous et de manière plus actuelle, je dénonce ici ces personnes qui se disent "n’avoir rien contre les homosexuels" mais qui défilent pour les empêcher d’accéder aux mêmes droits.

Je dénonce aussi beaucoup de personnes qui se disent pour l’égalité des droits entre tous les êtres humains mais qui refusent « qu’un arabe touche des allocations », « d’être dirigée par une gonzesse », « qu’un handicapé obtienne un emploi que je visais », etc.

Sans parler de tous ceux qui critiquent les féministes (oui désolée, je parle toujours mieux de ce que je connais) "sur la forme" même s'ils sont "complètement d'accord sur le fond". Quelle hypocrisie ! Sortez vous les doigts du c** et venez nous aider si vous êtes d'accord !!

 

Prôner l’égalité pour tous, c’est avant tout accepter l'idée d’y perdre nos (ancestraux) privilèges.... tout simplement en les partageants. Pas si simple je le concède... 

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commentaires

Gael 10/04/2013 13:36

Je l'ai retrouvée ^^

Extraits de la « Lettre de la prison de Birmingham » de Martin Luther King

(…)
Nous avons douloureusement appris que la liberté n'est jamais accordée de bon gré par l'oppresseur ; elle doit être exigée par l'opprimé. Franchement, je ne me suis jamais engagé dans un mouvement
d'action directe à un moment jugé « opportun », d'après le calendrier de ceux qui n'ont pas indûment subi les maux de la ségrégation. Depuis des années, j'entends ce mot: « Attendez ! ». Il résonne
à mon oreille, comme à celle de chaque Noir, avec une perçante familiarité. Il nous faut constater avec l'un de nos éminents juristes que « justice trop tardive est déni de justice ».

Nous avons attendu pendant plus de trois cent quarante ans les droits constitutionnels dont nous a dotés notre Créateur. Les nations d'Asie et d'Afrique progressent vers l'indépendance politique à
la vitesse d'un avion à réaction, et nous nous traînons encore à l'allure d'une voiture à cheval vers le droit de prendre une tasse de café au comptoir. Ceux qui n'ont jamais senti le dard brûlant
de la ségrégation raciale ont beau jeu de dire: « Attendez ! ». Mais quand vous avez vu des populaces vicieuses lyncher à volonté vos pères et mères, noyer à plaisir vos frères et sœurs ; quand
vous avez vu des policiers pleins de haine maudire, frapper, brutaliser et même tuer vos frères et sœurs noirs en toute impunité ; quand vous voyez la grande majorité de vos vingt millions de
frères noirs étouffer dans la prison fétide de la pauvreté, au sein d'une société opulente ; quand vous sentez votre langue se nouer et votre voix vous manquer pour tenter d'expliquer à votre
petite fille de six ans pourquoi elle ne peut aller au parc d'attractions qui vient de faire l'objet d'une publicité à la télévision ; quand vous voyez les larmes affluer dans ses petits yeux parce
qu'un tel parc est fermé aux enfants de couleur ; quand vous voyez les nuages déprimants d'un sentiment d'infériorité se former dans son petit ciel mental ; quand vous la voyez commencer à
oblitérer sa petite personnalité en sécrétant inconsciemment une amertume à l'égard des Blancs ; quand vous devez inventer une explication pour votre petit garçon de cinq ans qui vous demande dans
son langage pathétique et torturant: « Papa, pourquoi les Blancs sont si méchants avec ceux de couleur ? » ; quand, au cours de vos voyages, vous devez dormir nuit après nuit sur le siège
inconfortable de votre voiture parce que aucun motel ne vous acceptera ; quand vous êtes humilié jour après jour par des pancartes narquoises: « Blancs », « Noirs » ; quand votre prénom est « négro
» et votre nom « mon garçon » (quel que soit votre âge) ou « John » ; quand votre mère et votre femme ne sont jamais appelées respectueusement « madame » ; quand vous êtes harcelé le jour et hanté
la nuit par le fait que vous êtes un nègre, marchant toujours sur la pointe des pieds sans savoir ce qui va vous arriver l'instant d'après, accablé de peur à l'intérieur et de ressentiment à
l'extérieur ; quand vous combattez sans cesse le sentiment dévastateur de n'être personne ; alors vous comprenez pourquoi nous trouvons si difficile d'attendre. Il vient un temps où la coupe est
pleine et où les hommes ne supportent plus de se trouver plongés dans les abîmes du désespoir. J'espère, Messieurs, que vous pourrez comprendre notre légitime et inévitable impatience (...)

Vous exprimez une grande inquiétude à l'idée que nous sommes disposés à enfreindre la loi. Voilà certainement un souci légitime. Comme nous avons si diligemment prôné l'obéissance à l'arrêt de la
Cour suprême interdisant, en 1954, la ségrégation dans les écoles publiques, il peut sembler paradoxal, au premier abord, de nous voir enfreindre la loi en toute conscience. On pourrait fort bien
nous demander: « Comment pouvez-vous recommander de violer certaines lois et d'en respecter certaines autres ? » La réponse repose sur le fait qu'il existe deux catégories de lois: celles qui sont
justes et celles qui sont injustes. Je suis le premier à prêcher l'obéissance aux lois justes. L'obéissance aux lois justes n'est pas seulement un devoir juridique, c'est aussi un devoir moral.
Inversement, chacun est moralement tenu de désobéir aux lois injustes. J'abonderais dans le sens de saint Augustin pour qui « une loi injuste n'est pas une loi ».

[...]

gael 09/04/2013 13:25

Vrai, il s'est désolidarisé des Black Panthers mais assez tard, dés que je peux je te retrouve une lettre qu'il a écrite en taule aux "débuts" de sa lutte... ça aide à relativiser son coté tribun
clair calme et posé.
Je crois aussi que c'est lui qui a dit "Il ne faut pas Confondre Agressivité et Révolte"

Claude Barzotti 09/04/2013 09:55

@Gael : Alors je viens de me taper la page wikipedia sur les black panthers (parce que j'y connais pas grand chose). Je ne penses pas que les black panthers aie été le groupuscule déterminent de
l'égalité (mais je peux complètement me planter). De plus certains des autres mouvements influents (celui de M. L. King) se sont dé-solidarisé des balck panthers. Et enfin quand on voit le résultat
aujourd'hui aux Etats-Unis (qui reste une "terre d'accueil" pour les population de couleur (meme couleur arc en ciel!)), la radicalisation, le dénigrement et la violence lors des mouvements
d'émancipation me laisse comme la fosse!

Claude Barzotti 09/04/2013 09:36

@vivi : Promis il n'y a aucun sarcasme dans mes phrases... Ca m'a juste fait trop tripé d'avoir ces échanges super intéressants (qui me manquent beaucoup) comme ça en plus ca me donne l'illusion de
ne pas être si loin… Enfin je vais arrêter le sentimentalisme ca ruine mon image de marque !!! Pour les chiffres il n'y a rien d'officielle ce sont des règles (non officielles) qui m'ont été
rapporté par l'ami d'un ami d'un ami d'un ami qui a vu l'ours! Au niveau mixité je penses (du moins dans ma section!) qu'on est pas trop mal (et sans quotas) pour deux raisons : la première c'est
qu'au niveau du nombre la différence homme/femme ne saute pas au yeux (et dans mon labo actuel il y a un gars de plus)... et la deuxième est que dans chaque endrois où je suis allé (3 pays dont un
sacrement "latin") les gens ne regardent pas le sexe lors des recrutements (et j'ai été impliqué dedans)! Et au concours les ratios évoluent proches de la parité (l'année dernière plus de fille que
de mec recrutées cette année plus de gars (les pourcentages ne veulent rien dire parce quand il y a 3-5 places on passe très vite de 60% a 30% en une place)).

Vivi 09/04/2013 10:17



Milles excuses, j'ai utilisé le mot "mixité" à tort. Ma question se voulait sur le nombre de personnes francophones et non-francophones dans les jurys, élément qui tendrait à supprimer les quotas
s'ils n'ont, de fait, plus d'intérêt. Mais ta réponse est pertinente sur les femmes.


Discussion avec mon barbu hier soir sur les bourses de thèse et post doc réservées aux femmes et versées par la Fondation l'Oreal. Romain plébiscite le geste qui permet d'une part aux femmes
d'être présentes dans la Recherche et qui d'autre part "ne lèse personne" car il ajoute des bourses à celles déjà existantes. De mon côté, je valide bien entendu l'action mais reste dubitative
quant au message à long terme : les femmes ont des bourses qui leur sont réservées et ne sont toujours pa légitimes dans le chemin "classique". Bon, je fais du pinaillage mais je resterai
toujours casse-pieds sur les symboles, vous me connaissez ;)


Et je conclus par cette phrase de Montesquieu : "Pour faire de grandes choses, il ne faut pas être au-dessus des Hommes, il faut être avec eux". Bref, je vais m'engager sérieusement dans mes
combats. La féministe de canapé arrive dans le stade ! :)


Et sinon, on te voit quand sur Bordeaux ?



gael 09/04/2013 00:06

... s'étaient rangés gentiment, pour ne choquer personne ?
désolé il manquait un bout ^^

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